Sommaire
Un modèle de contrat de détachement ne sert que s’il correspond à la mission réelle et s’accompagne des bonnes formalités. Dans ce guide, nous voyons quel document choisir et quelles clauses rédiger. Nous abordons aussi la déclaration SIPSI, les obligations de l’entreprise française d’accueil, la durée de la mission et la protection sociale du salarié.
Quel modèle de contrat de détachement utiliser ?
Lorsque vous accueillez un travailleur envoyé de Roumanie, vous ne recevez pas un contrat unique valable pour toutes les missions. Plusieurs documents coexistent, et chacun a son rôle. Le bon choix dépend de la manière dont l’opération est organisée entre l’employeur étranger, le salarié et votre entreprise.

Ce que formalise le document
Pour comprendre ce qu’est un contrat de détachement, il faut séparer deux choses. D’un côté, le contrat de travail initial reste en vigueur. De l’autre, un document organise la mission temporaire du salarié en France. Le contrat de travail en détachement suppose, par définition, un employeur établi hors de France et une relation de travail maintenue pendant toute la mission. Le lien de subordination ne passe jamais à l’entreprise d’accueil.
- Prestation de services : l’employeur étranger exécute une prestation pour un client français.
- Mission intragroupe : le salarié travaille temporairement dans une autre entité du même groupe.
- Compte propre : le salarié intervient en France pour le seul compte de son employeur.
- Travail temporaire : une entreprise étrangère de travail temporaire met ses salariés à disposition d’une entreprise utilisatrice française.
Chacune de ces formes de mobilité entraîne ses propres obligations, que nous détaillons dans notre guide des obligations légales liées au travailleur détaché.
Le modèle adapté à chaque situation
La loi n’impose aucun modèle unique. Un avenant au contrat initial ou une lettre de mission acceptée par le salarié suffit à fixer les conditions temporaires convenues. Dans une prestation de services, le contrat commercial entre les entreprises définit la prestation et les responsabilités de chacune. Il ne remplace pas pour autant l’avenant ou la lettre de mission qui concerne le salarié.
Une intervention pour compte propre ne demande pas qu’un client français soit partie au contrat. Le travail temporaire international, lui, impose de vérifier les contrats et les documents propres à cette activité.
Les limites du modèle
Le document peut identifier séparément l’employeur étranger, le salarié et, s’il y en a une, l’entreprise cliente ou d’accueil en France. Une clause qui choisit la loi applicable ne peut pas écarter les protections impératives françaises dues au salarié. Elle ne fait pas non plus basculer automatiquement tout son contrat initial sous le droit français.
Signer un modèle ne régularise pas une opération qui ne remplit pas les conditions légales du détachement. Une embauche directe par une entreprise française, pour un travail durable en France, ne devient pas un détachement parce qu’on utilise ce document.
Quelles clauses prévoir dans l’avenant ?
L’avenant précise ce qui change pendant la mission en France et ce qui reste identique. Sa rédaction suit l’ordre logique de la mission : son objet, la rémunération, le temps de travail, puis le retour.

Objet, fonctions et lieu de travail
La clause d’objet indique le motif de la mission, le projet concerné et les tâches confiées au salarié en France. Elle fixe le cadre de l’intervention.
Le modèle précise ensuite l’organisation concrète de cette mission sur le terrain :
- Lieux de travail : l’adresse de chaque site, y compris les sites successifs.
- Responsabilités : le poste occupé et son périmètre.
- Coordination : les interlocuteurs opérationnels de l’employeur d’origine et de l’entreprise d’accueil.
La rédaction sépare les éléments du contrat de travail modifiés pendant la mission de ceux qui ne changent pas, par exemple les fonctions, le lieu, les horaires ou le rattachement hiérarchique.
Rémunération, prime et frais
La clause de rémunération détaille le salaire de base, les primes, les avantages en nature, les heures supplémentaires et les modalités de paiement. Dès le premier jour de la mission, le salaire doit respecter le minimum français applicable.
Depuis le 1er juin 2026, le SMIC est de 1 867,02 € brut mensuel pour 35 heures par semaine. Un minimum conventionnel plus favorable s’applique à sa place lorsqu’il existe.
| Élément | Nature | Règle |
| Salaire de base | Rémunération | Au moins le SMIC ou le minimum conventionnel plus favorable |
| Prime de détachement | Rémunération, si l’avenant la prévoit | Aucune prime uniforme n’est due par la loi |
| Transport, repas, hébergement | Remboursement de frais justifiés | Distincts du salaire, ils ne compensent pas une rémunération insuffisante |
Il est donc utile de présenter les frais remboursés à part dans l’avenant, avec leurs justificatifs, pour qu’ils ne soient pas confondus avec le salaire.
Temps de travail et fin de mission
La clause de temps de travail prévoit les relevés d’heures, les repos et les congés. En France, la durée légale de travail est de 35 heures par semaine, et les majorations d’heures supplémentaires s’appliquent, comme le rappelle la page du ministère sur les droits des salariés détachés. L’avenant peut aussi préciser les consignes de santé et de sécurité, les habilitations nécessaires et les justificatifs du régime de protection sociale.
La clause de fin de mission peut organiser le retour du salarié et la restitution des équipements. Elle peut aussi prévoir la fin des avantages temporaires et le retour aux conditions du contrat initial.
Comment accomplir les formalités SIPSI ?
SIPSI est le téléservice du ministère du Travail qui reçoit les déclarations de détachement. Il s’utilise avant la mission, pendant son déroulement si quelque chose change, et il sert de référence lors des contrôles.
La déclaration préalable
Lorsque la formalité s’applique, l’employeur qui détache des salariés transmet la déclaration avant le début de la prestation. Il l’adresse à l’inspection du travail du premier lieu d’exécution, conformément à l’article L. 1262-2-1 du Code du travail. Rédigée en français, elle identifie l’employeur, le destinataire, chaque salarié, les dates et lieux de la mission, la protection sociale et le représentant en France. L’attestation de déclaration préalable de détachement est délivrée à l’issue de cette démarche.
Le détachement pour compte propre peut être dispensé de déclaration s’il remplit ses conditions légales. Certaines opérations de courte durée bénéficient aussi d’exceptions limitées. Depuis le 2 février 2022, les conducteurs relevant de la directive (UE) 2020/1057 passent par le portail européen RTPD.
Le représentant et le suivi
Lorsque sa désignation est obligatoire, le représentant en France fait le lien avec les agents de contrôle pendant la prestation et tient les documents requis à leur disposition. Après la transmission, SIPSI génère un accusé de réception qui prouve que la déclaration a été faite. Comme l’indique la foire aux questions du téléservice SIPSI, cet accusé ne remplace ni le formulaire A1 ni une éventuelle autorisation de travail.
Si la mission est annulée ou si ses dates changent, vous devez le signaler sur SIPSI. Un changement important de mission oblige aussi à vérifier les corrections administratives nécessaires.
Les risques en cas de manquement
Selon l’article L. 1264-3 du Code du travail, l’absence de déclaration, de représentant ou de certains documents peut coûter jusqu’à 4 000 € par salarié. En cas de réitération dans les deux ans, l’amende peut atteindre 8 000 € par salarié. Le total est plafonné à 500 000 €. La prestation peut aussi être suspendue temporairement en cas de manquements graves aux conditions de travail ou aux exigences documentaires.
L’article L. 1262-2-1 précise enfin que déclarer la mission et désigner un représentant ne prouve pas, à soi seul, que le détachement est régulier.
Quelles obligations pour l’entreprise française d’accueil ?
L’entreprise française n’est pas l’employeur du salarié détaché. La loi lui impose pourtant des contrôles avant l’intervention et des responsabilités pendant toute la mission.
Vérifications avant l’intervention
Avant le début de la mission, le donneur d’ordre ou le maître d’ouvrage vérifie que la déclaration préalable a été faite et que le représentant a été désigné, lorsque ces formalités sont requises. Le maître d’ouvrage étend aussi ce contrôle aux sous-traitants concernés.
- Copie de la déclaration : la demander au prestataire avant que ses salariés n’arrivent sur votre site.
- Déclaration subsidiaire : si la copie n’est pas remise, la transmettre vous-même à l’inspection du travail dans les 48 heures suivant le début du détachement (article L. 1262-4-1 du Code du travail).
- Vigilance générale : pour un contrat d’au moins 5 000 € HT, contrôler le prestataire à la signature, puis tous les six mois jusqu’au terme.
Cette vigilance contre le travail dissimulé s’ajoute aux contrôles propres au détachement, elle ne les remplace pas.
Responsabilités pendant l’accueil
Si vous accueillez un salarié d’une agence étrangère de travail temporaire, vous appliquez les règles de votre lieu de travail. Sa rémunération ne peut pas être inférieure à celle d’un salarié comparable occupant le même poste. L’employeur étranger reste responsable de la santé et de la sécurité de ses salariés. Vous gardez toutefois vos propres obligations légales, notamment en matière de vigilance et d’accident du travail. Dans le BTP, vérifiez la carte professionnelle et l’affiliation à la caisse de congés payés compétente. Depuis le 1er avril 2024, la carte BTP d’un salarié détaché est valable cinq ans.
Un dossier disponible en cas de contrôle
Le dossier de contrôle doit permettre de vérifier à la fois le cadre juridique de la mission et la manière dont elle se déroule réellement.
- Pièces contractuelles : contrat initial, avenant et contrats entre entreprises.
- Pièces administratives : preuve de la déclaration SIPSI et de ses modifications, justificatifs de protection sociale et de droit au travail.
- Pièces d’exécution : relevés d’heures, bulletins de paie, preuves de paiement et justificatifs de frais, en français lorsque la réglementation l’exige.
Connect Intérim pilote le processus déclaratif jusqu’à la remise du justificatif final, qui rejoint les autres documents du travailleur détaché. Cette prise en charge ne supprime pas les obligations légales de vigilance de votre entreprise.
Quelle durée et quelle protection sociale ?
La durée d’une mission est encadrée par deux mécanismes distincts : les règles françaises du droit du travail et la coordination européenne de sécurité sociale. Chacun a ses propres seuils, et vous devez les suivre séparément.

Les seuils du droit du travail
Depuis le 30 juillet 2020, un détachement de plus de 12 mois entraîne, dès le treizième mois, l’application d’un ensemble plus large de règles françaises.
- 12 mois : la durée initiale pendant laquelle s’applique le socle de règles prévu pour le détachement.
- Prolongation de six mois : possible grâce à une déclaration motivée envoyée avant l’échéance.
- 18 mois : la limite maximale du régime initial après prolongation.
- Cumul sur un poste : les durées de salariés détachés l’un après l’autre sur le même poste s’additionnent.
Dépasser ce seuil ne met pas fin automatiquement à la mission. Les règles de droit du travail applicables changent, quelle que soit la durée du maintien éventuel à la sécurité sociale du pays d’origine.
Le régime social et ses justificatifs
Dans le cadre européen habituel, les droits sociaux du salarié peuvent rester rattachés au régime de son pays d’origine pendant 24 mois au maximum, sous conditions. Le document portable A1 indique quelle législation de sécurité sociale s’applique.
Ce maintien suppose notamment une activité réelle de l’employeur dans le pays d’envoi et un lien de subordination conservé. Dans le cadre européen, le salarié doit aussi avoir été affilié au moins un mois avant son départ.
Pour un salarié venant d’un pays hors UE, EEE et Suisse, les conditions et les justificatifs dépendent d’une éventuelle convention bilatérale. Si le maintien n’est pas possible, il faut examiner l’affiliation au régime français.
Le droit individuel de travailler en France
Un salarié envoyé par une société roumaine n’est pas forcément de nationalité roumaine. C’est sa situation personnelle qui détermine les règles de séjour et de droit au travail en France. Un titre de séjour roumain ne donne pas, à lui seul, le droit général de travailler en France.
Lorsqu’une autorisation de travail est nécessaire, elle doit être obtenue avant le début de l’activité.
Foire aux questions
L’avenant de détachement doit-il être rédigé en français ?
Aucun texte général n’oblige à rédiger ou à traduire l’avenant en français avant le départ du salarié. En revanche, les documents listés par le Code du travail doivent être disponibles en français dans les conditions prévues par la réglementation.
Quelles conditions respecter pour l’hébergement collectif des salariés détachés ?
Le ministère du Travail indique notamment une surface habitable minimale de 6 m² par personne. Il fixe aussi un volume de 15 m³ par personne, sous réserve des règles propres au secteur et au type de logement. La déclaration indique, le cas échéant, l’adresse de chaque lieu d’hébergement collectif.
Comment un salarié détaché roumain accède-t-il aux soins en France ?
S’il réside en France pendant sa mission, il peut demander le document portable S1 à sa caisse d’origine, puis le remettre à la CPAM de son lieu de résidence. S’il continue de résider dans son pays, il peut utiliser sa carte européenne d’assurance maladie.
Que risque l’employeur en l’absence de formulaire A1 ?
Depuis le 1er avril 2017, le formulaire A1 doit être tenu à la disposition des agents de contrôle sur le lieu de la prestation. S’il manque, l’employeur s’expose à un redressement de cotisations et à une affiliation rétroactive au régime français.
Combien de temps les données de la déclaration SIPSI sont-elles conservées ?
Le téléservice SIPSI conserve les données pendant cinq ans à partir de la fin de la prestation en France. Cette durée peut être plus longue si une procédure administrative ou judiciaire est en cours.

