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Le détachement de salariés désigne l’envoi temporaire d’un salarié en France par un employeur établi à l’étranger, qui reste son employeur pendant toute la mission. Cette situation obéit à une définition juridique précise, à des règles françaises impératives et à des formalités qui vous concernent lorsque vous accueillez des professionnels roumains.
Qu’est-ce que le détachement de salariés ?
Le détachement est une mission temporaire à l’étranger pendant laquelle la relation de travail avec l’employeur d’origine subsiste. Pour une entreprise française, il permet de répondre à un besoin ponctuel de personnel sans devenir l’employeur des professionnels qui interviennent sur son site.

Une mission temporaire auprès d’un employeur établi ailleurs
Selon l’article L. 1261-3 du Code du travail, le salarié détaché en France travaille habituellement pour un employeur régulièrement établi et actif hors de France. Il vient exécuter son travail en France à la demande de cet employeur et pour une durée limitée.
- Un employeur établi hors de France : l’entreprise qui envoie le salarié y est régulièrement implantée et y exerce son activité.
- Un salarié habituellement employé : il travaille déjà pour cet employeur avant l’envoi en France.
- Une demande de l’employeur : c’est l’employeur d’origine qui décide et organise l’intervention.
- Une durée limitée : la présence en France reste temporaire par nature.
Cette durée limitée ne suffit pas à caractériser un véritable détachement. L’instruction de la Direction générale du travail du 27 mars 2024 exige que l’employeur exerce une activité significative, stable et continue dans son État d’établissement. Une structure créée essentiellement pour envoyer des salariés en France sort donc de ce cadre, et nous vous invitons à vérifier ce point avant toute collaboration.
Les formes possibles du détachement en France
Le Code du travail distingue plusieurs situations selon la relation entre l’employeur étranger et l’entreprise, ou l’établissement, qui accueille l’intervention. Chacune correspond à une organisation différente de la mission.
- Prestation de services : une entreprise étrangère détache un salarié pour réaliser une prestation destinée à un client situé en France, dans le cadre d’un contrat entre les deux entreprises.
- Mobilité intragroupe : le salarié rejoint un établissement de la même entreprise ou une entreprise du même groupe.
- Compte propre : l’employeur étranger intervient en France pour son seul compte, sans contrat avec un destinataire français.
- Travail temporaire : une entreprise d’intérim établie hors de France met un salarié à disposition d’une entreprise utilisatrice française.
Les deux premières formes reposent sur l’article L. 1262-1, qui précise les conditions de détachement prévues par le Code du travail. Identifier la bonne forme dès le départ vous permet de savoir qui organise le travail au quotidien.
Le cas des intérimaires recrutés en Roumanie
Selon l’article L. 1262-2 du Code du travail, une entreprise de travail temporaire établie hors de France peut détacher un salarié auprès d’une entreprise utilisatrice française. Le contrat et la relation de travail avec l’agence d’origine doivent subsister pendant toute la mission.
Cette mise à disposition d’intérimaires obéit à des règles d’organisation distinctes de celles d’une prestation réalisée par une entreprise étrangère. Les intérimaires détachés bénéficient notamment des droits applicables dans l’entreprise utilisatrice en matière de temps de travail, de rémunération et d’accès aux équipements collectifs.
Connect-interim s’inscrit dans ce cadre : notre agence d’intérim depuis la Roumanie détache des travailleurs roumains conformément à la directive européenne 96/71/CE. Nous assurons notamment le recrutement de maçons roumains détachés, de manutentionnaires qualifiés venus de Roumanie et de préparateurs de commande roumains pour vos besoins temporaires.
Quel employeur conserve le salarié détaché ?
Le statut de salarié détaché repose sur un principe simple : l’entreprise d’origine reste l’employeur, même lorsque le travail s’exécute dans les locaux d’une entreprise française. Nous détaillons ci-dessous ce que cela implique pour chaque partie.

Le maintien du contrat avec l’employeur d’origine
Selon l’instruction de la Direction générale du travail du 27 mars 2024, la relation de travail doit être nouée avant le détachement et se poursuivre pendant la mission, avec un lien de subordination. Dans une prestation de services, le salarié agit pour le compte de son employeur étranger et sous sa direction. Le contrat de travail d’origine subsiste, sans qu’un contrat ou un avenant français type soit une condition générale.
Le rôle de l’entreprise qui accueille la mission
La présence d’un salarié détaché dans vos locaux ne fait pas, à elle seule, de votre société son employeur. Vous pouvez imposer les règles pratiques d’accès et de sécurité de votre site sans endosser ce rôle. Dans un détachement intragroupe, la Cour de cassation recherche notamment qui donne les directives, contrôle leur exécution et peut sanctionner les manquements.
Le travail temporaire international répartit les rôles différemment. L’entreprise d’accueil, en qualité d’utilisatrice, répond des conditions d’exécution du travail, le contrat avec l’agence d’origine étant maintenu comme indiqué plus haut.
Lorsque la mission part de France
La logique est la même en sens inverse. Un salarié envoyé temporairement à l’étranger par une entreprise française demeure en principe dans ses effectifs, sous sa subordination et rémunéré par elle, conformément au droit du travail.
L’employeur formalise généralement cette mission par un avenant. Ce document précise les relations avec l’entreprise d’accueil, la rémunération, la prise en charge des frais et les modalités de réintégration au retour.
Quelles règles s’appliquent pendant le détachement en France ?
Le salarié conserve sa relation de travail d’origine, mais le pays d’accueil lui garantit un socle de règles impératives. Ce socle concerne les conditions de travail, la durée de présence et, séparément, la protection sociale et le droit de séjour.

Les conditions de travail et la rémunération
Les règles du détachement imposent l’application des dispositions françaises impératives, sans remplacer automatiquement tout le droit applicable au contrat. Elles couvrent notamment :
- La durée du travail : horaires et majorations des heures supplémentaires suivent les règles françaises.
- Les repos : repos quotidiens, hebdomadaires et jours fériés sont respectés.
- Les congés payés : ils relèvent des règles françaises dès le premier jour.
- La santé et la sécurité : les prescriptions françaises s’appliquent sur le lieu de travail.
Depuis le 30 juillet 2020, le Code du travail vise la rémunération applicable, et non plus seulement le salaire minimum ; un minimum conventionnel étendu supérieur au SMIC doit être respecté. Depuis le 1er juin 2026, le SMIC en métropole atteint 12,31 € brut par heure. Il représente 1 867,02 € brut par mois pour 35 heures hebdomadaires. Les allocations propres au détachement entrent en principe dans la rémunération, contrairement aux remboursements de dépenses réelles remplissant les conditions de l’article R. 1262-8.
Une durée temporaire, sans plafond général
Le droit français ne fixe ni durée minimale ni durée maximale générale, mais exige que le détachement reste temporaire. Selon l’article L. 1262-4 du Code du travail, lorsque la durée du détachement dépasse 12 mois, un ensemble élargi de règles françaises s’applique à compter du 13e mois.
Une déclaration motivée, faite avant cette échéance, peut différer ce régime élargi de 6 mois au maximum. Le seuil est alors porté à 18 mois.
Pour apprécier ce seuil, les périodes de salariés qui se remplacent successivement sur un même poste sont cumulées. Vous devez donc raisonner par poste, et non par personne.
La sécurité sociale et le droit de séjour
Dans l’Union européenne, les règles de coordination permettent de rester affilié à la sécurité sociale de l’État membre d’envoi si l’employeur y exerce normalement son activité, si la durée prévisible n’excède pas 24 mois et si le salarié ne remplace pas une autre personne détachée. Le certificat A1 atteste la législation de sécurité sociale applicable, sans valider à lui seul le détachement. À défaut, et sans accord exceptionnel, le salarié relève du régime français de sécurité sociale, selon le CLEISS.
Un ressortissant roumain peut intervenir en France sans titre de séjour, sous réserve des obligations applicables, alors qu’un ressortissant d’un pays tiers doit en principe disposer d’une autorisation de travail. Le titre de séjour « salarié détaché ICT » vise certains détachements intragroupe : il suppose au moins 6 mois d’ancienneté dans le groupe. Sa durée est limitée à 3 ans, selon l’article L. 421-26 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Quelles formalités encadrent le détachement en France ?
Avant l’arrivée des travailleurs détachés, plusieurs obligations pèsent sur l’employeur étranger, mais aussi sur l’entreprise française qui reçoit la prestation, y compris en cas de sous-traitance. Leur respect conditionne la sérénité de vos contrôles.

La déclaration SIPSI et le représentant
Dans les cas soumis à cette formalité, l’employeur étranger effectue la déclaration préalable de détachement sur le téléservice SIPSI avant la mission. Il désigne aussi un représentant en France, chargé des échanges avec l’administration et de la mise à disposition des documents de contrôle.
- Contenu : employeur, salariés, dates et lieux, activité, rémunération, situation de sécurité sociale et représentant, selon les articles R. 1263-3 et R. 1263-4.
- Mise à jour : la déclaration est modifiée si les dates changent, selon l’article R. 1263-5.
- Annulation : elle est annulée si le détachement n’a pas lieu.
Le détachement pour compte propre est dispensé de déclaration et de représentant, comme certaines activités de courte durée prévues par les textes. Ces dispenses ne soustraient pas les salariés aux règles françaises du travail applicables.
Les vérifications de l’entreprise française
Avant un détachement soumis à déclaration, vous devez, comme donneur d’ordre ou maître d’ouvrage, vérifier que votre prestataire a déclaré la mission et désigné un représentant. Cette vigilance peut aussi s’étendre à des sous-traitants directs ou indirects.
Sans copie d’une déclaration requise, vous devez déclarer vous-même le détachement dans les 48 heures suivant son début, selon l’article L. 1262-4-1 du Code du travail. Parmi les sanctions encourues, l’omission d’une déclaration SIPSI obligatoire peut entraîner une amende pouvant atteindre 4 000 € par salarié.
Les justificatifs exigibles lors d’un contrôle
Selon l’article R. 1263-1 du Code du travail, doivent pouvoir être présentés le contrat de travail écrit ou un document équivalent, l’éventuelle autorisation de travail, la preuve du paiement de la rémunération et un relevé quotidien des heures. Pour une mission d’au moins 1 mois, des bulletins de paie sont exigés ; en dessous de 1 mois, un document prouvant le respect de la rémunération minimale suffit.
Dans le bâtiment et les travaux publics, les salariés détachés concernés doivent détenir la carte d’identification professionnelle. Depuis le 1er avril 2024, la carte BTP qui leur est délivrée est valable 5 ans, sous réserve de sa mise à jour pour chaque nouveau détachement.
Foire aux questions
Quelles sont les règles du détachement de salariés en France ?
Selon l’article L. 1262-4 du Code du travail, le salarié détaché bénéficie des règles françaises sur les libertés individuelles et collectives, la non-discrimination, l’égalité professionnelle, la protection de la maternité et de la paternité, la rémunération et le remboursement de certains frais de transport, de repas et d’hébergement. La convention de branche à examiner dépend de l’activité réellement accomplie en France, selon le ministère du Travail.
Les règles françaises du détachement dépendent-elles du pays de l’employeur ou de la nationalité du salarié ?
Non. Selon l’instruction de la Direction générale du travail du 27 mars 2024, ces règles s’appliquent quel que soit le pays d’établissement de l’employeur ou la nationalité du salarié. La nationalité de l’entreprise ne détermine pas non plus celle du salarié ni ses obligations de séjour et de travail en France.
La déclaration préalable suffit-elle à rendre un détachement régulier ?
Non. Selon l’article L. 1262-2-1 du Code du travail, l’accomplissement des formalités préalables ne présume pas du caractère régulier du détachement. La déclaration effectuée sur SIPSI reste une déclaration, et non une autorisation administrative préalable.
Le salarié détaché reste-t-il imposé dans son pays d’origine ?
Pas automatiquement. Le maintien au régime social d’origine, possible dans le cadre européen pour une durée prévisible n’excédant pas 24 mois et attesté par le certificat A1, ne détermine pas l’État d’imposition. La fiscalité doit être examinée séparément.

